1 avis
Livre
Les sources : roman
Edité par Buchet Chastel - paru en DL 2023
Cantal, dans les années 1960. Un couple et leurs trois enfants vivent dans une ferme isolée au coeur de la vallée de la Santoire. Roman sur le quotidien d'une famille de paysans, inspiré par l'histoire de l'auteure et des siens. ©Electre 2022
- Genre
- Roman régionaliste
Se procurer le document
Autre format
Issus de la même oeuvre
Avis
vos avis
-
Un récit concis et précis sur la vie quotidienne d'une femme victime de violences conjugales.
Un texte très condensé et concis, avec une économie de mots pour renforcer l'intensité d'une histoire au demeurant banale : une femme battue, humiliée, maltraitée par son mari, trois enfants encore jeunes, une décision à prendre, fuir le naufrage ou « tenir son rang ». Trois voix, trois flux de conscience, trois temporalités, trois actes : 1967 la mère, 1974 le père, 2021 la fille cadette pour clore le récit. Evidemment, la thématique des violences conjugales est un terrain périlleux qui peut sembler opportuniste en surfant sur la vague MeToo. Ce n'est absolument pas le cas tant on sent la sincérité de l'autrice Marie-Hélène Lafon. Jamais elle ne force les traits, jamais elle n'en fait des tonnes. Elle dissémine juste quelques informations parcellaires, restant sur le fil sans se vautrer dans l'exhibitionnisme pour dire le tragique que vit cette femme sans prénom, trop démolie pour en avoir un alors que tous les autres personnages en ont un, jusqu'aux animaux. Ce livre est une aventure de la langue, une magnifique occasion de célébrer avec ferveur la langue française. A la précision stylistique répond la précision temporelle. La mère parle depuis 1967, mai 68 et son vent de liberté ne sont pas encore advenus, encore moins dans les campagnes. Ses ruminations du premier acte forment un soliloque qui tranche avec le silence autour du drame qu'elle vit, son « orgueil » social qui la fait adhérer aux valeurs de son époque et être fière d'être propriétaire d'une ferme qui tourne au point de sa taire et subir. Lorsque le père a la parole, c'est en 1974, c'est le début du mandat de Valery Giscard d'Estaing qui voit en 1975 une loi instaurée le divorce avec consentement mutuel (en plus de la loi Veil plus connue). Il ne comprend rien à ce qui se joue et s'est joué dans son couple. Quand le texte est si court, une centaine de pages petit format grosse police, la question se pose de savoir si l'auteur aurait pu aller plus loin et si cela aurait été mieux. Lorsque j'ai refermé le livre,j'ai ressenti une certaine frustration en raison de la brièveté de la dernière partie centrée sur la fille, seulement quatre pages. J'avais envie d'en savoir plus, notamment sur le devenir de la mère. J'ai lu une deuxième fois. Et non, finalement, il ne m'a pas manqué de pages. J'aime la douceur instantanée de ce dernier acte qui donne ampleur et perspective à la tension du premier et l'incompréhension du deuxième. J'aime les silences que Marie-Hélène Lafon ne cherche pas à combler, j'aime les béances du texte qui conservent ces mystères en remontant aux sources de Claire. A l'instar de cette surprenante citation en exergue ( Giono, Les Collines ) qui nous parle d'un sanglier qui « mord la source ».
ACZ - Le 09 janvier 2025 à 16:21